Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 18:41

Par Eric Eustache, président de Little Green Capital et Directeur général de Kinomé

La question de la justice climatique est un problème difficile à apprécier pour nous, gens du Nord, riches, bien portants et encore peu impactés par les manifestations du changement climatique. Bien sûr nous avons eu notre lot de drames : hécatombe de l’été 2003, baisse régulière des pluies dans le middle-west américain ou incendies géants en Espagne, en Californie ou en Grèce. Mais ces incidents, aussi graves qu’ils aient été, n’ont finalement rien changé à nos modes de vie ni à notre qualité de vie. Pour l’habitant des villes, le seul inconfort perceptible c’est la chaleur, l’été, dans son appartement, contre laquelle il lutte maintenant avec un climatiseur (et tant pis pour le CO2). Quant au paysan du Sud-Ouest, il sait qu’il ne devrait plus arroser en plein soleil et qu’il faut remplacer le maïs par le millet, plus adapté à la sécheresse.

Mais dans toutes les zones intertropicales sèches, les choses sont bien différentes. Avec l’évolution du climat, le régime des pluies a souvent perdu de sa vigueur et, surtout, sa régularité, rendant les savoirs-faire agricoles traditionnels inopérants. Dans les zones sahéliennes au sud du Sahara, l’agriculture est extraordinairement dépendante de la qualité (durée, intensité, régularité) de la saison des pluies. Les paysans doivent assurer leur approvisionnement en nourriture, pour l’année entière, en seulement 4 mois. Leur vie dépend donc de cette récolte unique : car il ne tombera plus de pluie pendant les 6 à 8 mois suivants. Si la récolte annuelle est insuffisante, des populations entières souffriront de la faim au moment de la soudure, l’année suivante.

La notion de « soudure alimentaire » nous est devenue complètement étrangère (hors nos manuels d’Histoire). Elle correspond à la période où les réserves de nourriture produites l’année précédente sont consommées, alors que la nouvelle récolte n’est pas encore mûre. La soudure arrive toujours au pire moment : celui du pic de travaux des champs (préparation de la terre et plantation). Des journées de travail harassant, en plein soleil et le ventre vide. On ne s’étonnera pas que ce soit aussi l’époque du « pic des maladies ». La souffrance des gens, à cette période, est immense. Immense et silencieuse : rien ni personne n’en fait jamais écho dans nos journaux télévisés.

Ce problème concerne des centaines de millions de petits paysans, parmi les plus pauvres du monde. Une réalité qui relève d’une injustice profonde : car ces populations sont celles qui ont le moins contribué au réchauffement climatique. Nous avons donc envers elles un éminent devoir de responsabilité et de solidarité. C’est ce que les négociateurs du Sud devront essayer de faire admettre à leurs interlocuteurs du Nord à Copenhague. Entre petits fours et hôtels 4 étoiles.

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 11:05

Par Arnaud Gossement, Maître de conférences à Sciences Po Paris, avocat, docteur en droit et Responsable climat de France Nature Environnement.

Tout ça pour ça ? Voilà ce que l’on est tenté de penser à la lecture d’un projet d’accord, rédigé par la Présidence danoise de la 15ème conférence des parties et déconfidentialisé hier après midi sur le site Internet du journal The Guardian. 15 conférences des Parties, de multiples réunions depuis la Cop de Bali, des déclarations quotidiennes, des milliers d’heures de négociations pour… pas grand-chose ? La réaction des pays en voie de développement et du président du G77, accusant les pays riches de tirer la couverture à eux, ne s’est pas faîte attendre. En quelques minutes, l’information a fait l’effet d’une petite bombe et est venue doucher l’optimisme des premières heures au Bella Center. La méfiance Nord/Sud et l’incertitude ont, au moins provisoirement repris le dessus avec cette question : et si les beaux discours à la tribune cachaient mal la faiblesse des écrits ?

Pas si simple

Un accord politiquement non contraignant. Dés ses considérants introductifs, le texte abandonne en rase campagne tout idée d’un accord juridiquement contraignant. Certes nous y étions préparés, au moins depuis la conférence de Barcelone, mais il n’y a désormais plus aucun suspens : il n’y aura pas de protocole ou de traité de Copenhague sur le climat. La rédaction d’un texte juridique, dans le cadre de la convention sur le changement climatique de 1992, est renvoyée à plus tard, à une date non encore déterminée. Pire, le projet danois ne donne rigoureusement aucune piste sur le mécanisme juridique qui pourrait être retenu dans les prochains mois. Il démontre aussi que la manière de négocier est assez curieuse à Copenhague. L’affaire fait d’autant plus tâche que les rédacteurs du texte président le sommet.

Un accord juridiquement consternant. En réalité, le projet publié par The Guardian n’est, ni juridiquement, ni politiquement contraignant. Il s’agit d’une sorte d’hybride diplomatique, mélange de déclaration politique et de document d’orientation, le tout dans le style d’un petit traité sans rapport avec l’ampleur du défi. Il ne comporte en effet pas une ligne, pas un mot sur la gouvernance exception faite de la création d’un fonds climat. A l’horreur économique puis climatique succède donc l’horreur juridique. Rien n’est écrit sur le contrôle effectif de la réalisation des engagements pris, si ce n’est la création de registres et d’inventaires qui ne peuvent avoir cette fonction. De ce point de vue, les rédacteurs de ce projet d’accord n’ont manifestement pas appris par cœur le plan justice climat du Ministre français de l’Ecologie. Accès à l’énergie des plus pauvres, création d’une organisation mondiale de l’environnement, institution d’une taxe sur les transactions financières, autant d’idées qui passent à la trappe sans avertissement.

Au final, ce projet d’accord démontre la totale absence de toute réflexion juridique sur la manière de traiter la crise climatique. La focalisation du débat sur les chiffres, la prédominance des sciences dites « dures » a pour conséquence la mise à l’écart des autres champs de recherche dont le droit, ce que l’auteur de ces lignes ne peut que déplorer amèrement. La rigueur du vocabulaire juridique le cède encore au lyrisme du langage diplomatique. Last but not least, le texte danois modifie la catégorie des pays en voie de développement en les distinguant des « pays les plus vulnérables » prévoit une révision des dispositions de l’accord de Copenhague en 2014. Comment, dans ces conditions, engager un processus de ratification si l’accord politique socle de l’accord juridique à venir est modifié ?

Pas d’objectif à court terme. S’agissant des principes directeurs et objectifs, le texte rappelle ceux d’une croissance économique durable et du développement soutenable et celui, plus récent, d’une responsabilité principale et historique des pays développés en matière d’émissions de gaz à effet de serre. De même, le principe de « responsabilités communes mais différenciées » défini par la convention cadre de 1992 est rappelé. Enfin, l’objectif de rester en deçà des +2°C est inscrit. Pas grand-chose de neuf sous le soleil : le service minimum est assuré.

Premier problème de fond : le texte précise que le pic des émissions doit être atteint en 2020, pas en 2015. Surtout, il énonce un objectif mondial de réduction de 50% des émissions d’ici 2050 – 80% pour les pays développés - par référence à 1990 mais sans objectif palier en 2020-2030. Or, si l’horizon 2050 est nécessaire, il est indispensable de fixer une étape intermédiaire à 2020-2030 pour juger de la réalité de l’engagement des dirigeants actuels. Alors que le GIEC recommande une réduction de 25-40% des GES en 2020 (base 1990), les ONG de 40%, l’Europe de 20% et la France de 30%, le projet danois fait simplement l’impasse sur le sujet.

Quel financement ? Le texte prévoit un financement pour le court terme : « A share of fast-start financing comprising [$X] for 2010-12”. Le chiffre de 10 milliards de dollars est timidement avancé, loin, très loin des revendications des pays en voie de développement. Le texte danois dispose en outre que les fonds « viennent de sources multiples » et auront un caractère « additionnel et nouveau » par rapport à l’aide publique au développement. Enfin, la banque mondiale voit son rôle renforcé. Les conditions précises de la collecte des fonds et leur cible ne sont pas très précis. Ainsi, le texte ne comporte pas de définition précise des technologies bas carbone au risque de voir fleurir les fausses bonnes idées.

Une bonne ou une mauvaise nouvelle ? La révélation par The Guardian de ce projet d’accord peut avoir effet premier d’en précipiter le classement vertical dans une corbeille. Si la pression des pays développés est suffisante, ce texte pourra même servir d’épouvantail de telle sorte que les négociateurs devront avancer sur une autre base d’ici le 18 décembre. Il faut ainsi espérer que la transparence permette de rapprocher les engagements oraux des engagements écrits. Au final, un coup de théâtre chassera peut être l’autre. Avant-hier, quelques heures après la cérémonie d’ouverture, Lisa Jackson, directrice de l’Agence américaine de protection de l’environnement volait au secours de Barack Obama en classant les gaz à effet de serre au nombre des polluants atmosphériques au titre du Clean Air Act. Il reste encore 9 jours et une nuit de négociations pour avancer.

Dans cet esprit, le pire aurait été qu’il ne se passe rien au Bella Center !

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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 21:30

Sommet de Copenhague : en grève de la viande !

La crise environnementale que nous traversons est sans précédent.

Même si des initiatives se dessinent aujourd'hui pour freiner la catastrophe, le gouvernement français passe sous silence un élément majeur de notre responsabilité : la surconsommation de viande.

En effet la surconsommation de produits d'origine animale est largement responsable :

    * du réchauffement climatique, de la déforestation et de la dégradation des sols,
    * de la faim dont souffre plus d'un milliard d'êtres humains,
    * de milliards d'animaux terrestres et aquatiques élevés et abattus dans des conditions innommables,
    * du gaspillage et de la pollution des eaux.

La production mondiale de viande a quintuplé entre 1950 et 2000. Celle de l'aquaculture est passée de 1 million de tonnes en 1950 à 52 millions de tonnes en 2006. Où sont les actions pour endiguer cette boulimie collective ?

L'élevage industriel intensif gagne l'ensemble du monde. Considérés comme de simples protéines sur pattes, les animaux souffrent en intensité et en nombre comme jamais.

Rien n'est venu enrayer l'extension de ce modèle et la toute puissance des filières agroalimentaires qui le portent. Aujourd'hui, la famine et la crise environnementale s'aggravent et les responsables politiques français ne s'aventurent toujours pas sur ces questions : l'éthique passe après la viande ; la souffrance et l'environnement après les intérêts économiques.

C'est ainsi que ce système perdure contre toute logique et contre l'opinion publique en bénéficiant largement de l'argent des contribuables et de la complicité des pouvoirs publics.

C'est pourquoi, nous, citoyens de cette planète, exigeons dès aujourd'hui en France des mesures énergiques pour faire baisser la consommation de viande et un moratoire sur l'élevage intensif.

Symboliquement, pendant la durée du sommet, nous sommes en grève ! Une grève de la viande.
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 21:28
http://www.viande.info/

Sommet de Copenhague : en grève de la viande !

Actualités

7.12.2009 : Yves Cochet et Yolaine de la Bigne rejoignent les 10

 

L’élevage émet davantage de gaz à effets de serre que tous les transports réunis. Pourtant, le rôle majeur de la surconsommation de viande est systématiquement ignoré. Des solutions simples existent mais vont à l'encontre d'intérêts économiques. Face à l’inertie des pouvoirs publics, des citoyens, des personnalités et des organisations se mobilisent.

Pendant le sommet de Copenhague

Fabrice Nicolino, Pierre Rabhi, Allain Bougrain Dubourg,
Jean-Marie Pelt, Corinne Lepage, Jean-Paul Jaud, Sandrine Bélier
Jean-Paul Besset, Jean-Claude Pierre, Franck Laval et Yves Cochet

sont en grève de la viande pour briser le silence !

Ils exigent dès aujourd'hui une reconnaissance de l'impact de la viande sur l'environnement, la sous-alimentation humaine et la souffrance animale. Ils réclament un moratoire sur l’élevage intensif et des mesures énergiques pour faire baisser la consommation de produits d'origine animale.
Ils appellent l'ensemble des citoyens à les rejoindre dans ces revendications : soyons acteurs de notre société !

Dossier sur l'aberration de la viande :

Effet de serre Souffrance animale Faim dans le monde

Gaspillage, pollution de l'eau Risques pour la santé Argent du contribuable

Le dossier en version pdf : Copenhague 2009 : Et la viande ? (pdf, 7 Mo)

Visualiser rapidement l'ampleur du problème

Schéma : Effet de serre selon l'alimentation Schéma : Besoin en eau des aliments Schéma : Surfaces de sol nécessaires par aliment
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 11:28
La voiture électrique ne représenterait que 3% du parc automobile hexagonal en 2020... C'est en tout cas ce que pense une majorité de constructeurs automobiles. Comment croire dans ce cas que cette "alternative" serait sérieuse dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique ? La présentation de la gamme de véhicules dite "Zéro Emission" de Renault est une pure opération de blanchiment écologique.

Pourquoi ? Parce que cette forme de mensonge publicitaire aime plus que tout mettre en avant une option technologique "anecdotique" (3% du parc en 2020) tout en continuant massivement à tabler sur le moteur thermique (les 97% du parc restant !). Le greenwashing revient à mettre en avant l'arbre vert pour cacher la forêt...

Soyons sérieux. Au-delà de la controverse sur le bilan carbone de l'usage des véhicules électriques qui n'est pas "Zéro émission" comme se plaisent à le répéter les communiquant-es de Renault, il est à noter que ce véhicule d'une autonomie d'à peine 100 à 180 km (peut être moins une fois que la climatisation sera allumée...) sera une véhicule urbain qui obligera l'heureux propriétaire à acheter un autre véhicule pour les usages de ville à ville. Chez les constructeurs, c'est donc la fête : l'écologie permettra de vendre deux voitures, voir trois ou quatre en fonction des usages. Une pour transporter les mômes à l'école, l'autre pour aller faire les courses, une troisième pour aller travailler, une quatrième pour partir en vacances et enfin un petit Koléos pour frimer avec les copains...

Alors oui, nous affirmons que pour les zones urbaines, la priorité doit être donnée à des infrastructures de transport réellement efficaces en matière climatique et énergétique. Ce qui passe par le développement massif des tramways, des bus, des vélos et de la marche à pied...

C'est pour avoir affirmé cela que notre association Agir pour l'Environnement est actuellement la cible, sur certains blogs ou directement par courriel d'insultes ou menaces de mort. Nous savions que chez certains bagnolards, le QI de leur voiture dite "intelligente" les amenait à devoir se mettre régulièrement à niveau... mais de là à être menacé de mort pour avoir osé émettre quelques critiques vis-à-vis de la sacro-sainte "voiture"...

Passons sur ces anecdotes et espérons que nos bagnolards retrouveront un peu de sérénité lorsqu'après une journée passée dans leur voiture, ils saisiront leur vélo... d'appartement !
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