Criminalisation informatique ou la sournoise réforme du Droit

Publié le par checks and balances

samedi 15 novembre 2008, par RougeNoir

L’évolution des technologies et l’arrivée du phénomène de société Internet ont entraîné l’utilisation de nouveaux mots. "Cyber criminalité" est l’un d’eux...

L’arrivée d’Internet dans les foyers a engendré beaucoup de changements dans les habitudes des populations.

De nouveaux mots voient le jour, parfois générés par le marketing (surf, surfer, navigateur, ...), parfois par le langage politique (cyber-criminalité, cyber-criminel,...)

Sur ce dernier point, il s’agît de modifier la perception des choses dans la société et de réformer le Droit sans avoir l’air d’y toucher. En effet, on parle beaucoup de cyber-criminalité alors que cette notion n’existe pas du tout dans les faits. Ce que l’on appelle cyber-criminalité n’est (au pire) que de la cyber-délinquance. Mais l’utilisation du mot cyber-criminalité permet de criminaliser toute la population utilisant le web, quel que soit le degré prétendu de l’acte de délinquance imputé : télécharger des MP3, télécharger des vidéos, diffuser un texte dont on prétend être l’auteur alors que ce n’est pas le cas, mettre en ligne ou télécharger des images pédophiles... tout cela est désormais placé au même niveau car tout cela est appelé "cyber-criminalité" et les personnes qui y sont impliquées sont appelées "cyber-criminel".

Par ailleurs trois prétextes sont perpétuellement utilisés par les politiques pour justifier leur comportement : piratage, terrorisme et pédophilie. Cela permet d’amalgamer la notion de piratage et celle du téléchargements de MP3 ou de films, alors que cela n’a rien à voir. Le téléchargement s’apparente à de la copie privée, ce qui devrait être parfaitement légal étant donné que le propriétaire du disque (par exemple) a payé les droits d’auteur en achetant le disque, et ces droits incluent la copie privée. Mais même si cela était devenu illégitime par je ne sais quel tour de passe passe pas très honnête, le téléchargement serait alors un acte apparenté à un délit, tout comme l’est le piratage, et non un crime, mais il est rangé à côté des notions de terrorisme et de pédophilie, qui eux sont des actes criminels. Ici, nous avons l’autre amalgame que les politiques voudraient que l’opinion publique fasse spontanément.

Ainsi, en faisant un détour par la case "Internet", les politiques peuvent faire disparaître dans la vie réelle la notion même du délit en la vidant de sens puisque sur Internet tout est criminel à leurs yeux.

Internet a modifié en profondeur les habitudes

-  L’information et la documentation sont devenues instantanées, internationales et l’expression, le journalisme et l’information sont devenus citoyens. Un aspect qui semble déplaire fortement dans la sphère politique des régimes autoritaires :

En Chine, la censure contrôle le net et empêche les Chinois d’accéder à des sites d’information, d’organiser des réseaux de contre-pouvoir citoyen, ou simplement de remettre en question les versions officielles.

En 2006, aux Etats-Unis, George W Bush s’attaquait à la neutralité d’Internet pour que celui-ci, jusqu’alors international, devienne la propriété des Etats-Unis d’Amérique, contrôlant alors de cette façon, là aussi, l’information.

En 2006 et en 2008, en France, l’UMP essaie de contrôler l’information sur le web, considérant celle-ci comme fantaisiste et peu fiable. Elle imagine alors un système de labellisation des blogs qu’elle aura reconnu pour le sérieux de leurs articles (comprendre l’acceptabilité de ceux-ci) au détriment des autres. Elle met en place aujourd’hui une sorte d’espionage des blogs et sites de journalisme citoyen en ayant recours à des sociétés privées pour rapporter l’état de la blogosphère et des sites d’information citoyens (identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles, émergents), identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion, repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte, et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau, décrypter les sources des débats et leur mode de propagation, anticiper les risques de contagion et de crise.)

-  Les populations refusent désormais d’acheter sans savoir ce qu’elles achètent. Les législations de lutte contre le peer to peer (la LEN, la DADVSI et bientôt la loi appelée hypocritement "Création et Internet", si elle passe), mises en place par les politiques pour soi disant défendre les droits d’auteurs n’ont d’autres obectifs que de surveiller et réprimer, faire d’Internet une prison virtuelle où rien (ou presque) n’est jamais permis et céder aux pressions des lobbies industriels (maisons de disques, boîtes de prod, maisons d’édition). Il est pourtant deux sujets que les politiques semblent soigneusement éviter :
-  la très faible rémunération des artistes alors même qu’ils prétendent vouloir les défendre par ces lois répressives : la plus grande part des revenus va aux maisons de disques, aux maisons d’édition (exemple : un écrivain ne touche dans le meilleur des cas que 10 % de la somme que touche sa maison d’édition)
-  le fait que les internautes écoutant ou téléchargeant des MP3 n’en achètent pas moins les albums dont ils sont issus dans le commerce. La démarche consistant à se familiariser avant d’acheter.

Mais, à quelque niveau que ce soit, Internet ne doit plus être un lieu de partage, les politiques en ont décidé ainsi. Ce doit être, selon eux, un lieu exclusif de commerce.

On est amusé de voir aussi que les politiques tentent de réprimer les téléchargements de vidéos, toujours pour défendre l’intérêt des artistes (ceux-ci, dans tous les domaines, n’ayant pourtant rien demandé et étant souvent opposés à ces législations répressives, prônant plutôt le téléchargement de leurs oeuvres sans restriction). On est amusé parce qu’on se souvient de ce que ces mêmes politiques ont fait aux Intermittents du spectacle ! Aujourd’hui, ils voudraient nous faire croire qu’ils veulent les défendre ??

La loi Création et Internet (création qui n’est nullement encouragée en réalité et Internet, dans son esprit libre, non plus) voudrait, en plus selon bon nombre de sources officielles et non-officielles, instaurer un système de filtre désactivable par clé sur le web pour permettre de contrôler les déplacements des internautes.

Quand on pense à l’ "évolution" d’Internet, quand on sait en plus que l’adresse IP au départ n’existait pas, on imagine aisément une grille se refermer sur nous. Mais il ne tient qu’à nous de faire disparaître la grille et de retrouver ce qu’Internet n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu convivial, d’échange, de discussion, de réflexion, de documentation et d’information libres.

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D
Tribune : responsabilité et humour<br /> <br /> GGKW_00656_12658661A.jpg<br /> <br /> source : agence Lowe GGK Warsaw, Pologne<br /> <br /> Comme souvent avec les sujets graves, et surtout en ces temps ampoulés et d’(auto)censure perpétuelle, on ne plaisante pas avec la crise écologique… et bien c’est un tort ! Cette question a notamment été soulevée dans la dernière étude ADEME BVP sur la publicité et le développement durable, sans pour autant être tranchée. Il serait bien présomptueux de proposer une réponse ferme ici, mais à la manière de Montaigne dans ses Essais (disponibles gratuitement ici ) on peut exposer les fils de la problématique.<br /> <br /> La tonalité encore habituelle des discours sur l’écologie reste dramatique, apocalyptique ou culpabilisante. C’est une tonalité « naturelle » au vue de l’extrême gravité des sujets, mais comment y réagit-on ? Principalement sous la forme du rejet, du ressenti de la contrainte sous le coup de la culpabilité, ou pire : du découragement. Ces messages risquent donc d’être contre-productifs. A l’inverse, l’humour sur ces sujets n’est pas admit.<br /> mcdo-rechauffement[1].JPG<br /> <br /> source : (je cherche toujours le nom de l’agence qui a réalisé cette affiche)<br /> <br /> On songe à l’exemple cité dans l’étude ADEME BVP : une publicité pour Mc Donald qui met en avant la climatisation de ses restaurants alors que cet équipement est un facteur de renforcement du changement climatique, mais avec humour. Provocation particulière certes, mais comment admettre ces jeux de mots ?<br /> <br /> Evidemment il faut distinguer des niveaux de discours différents, l’humour pour un message à contenu développement durable, qui se joue du sujet comme dans cette publicité où superman s’écrase au sol, étouffant sous les affres de la pollution , et les messages qui tournent en dérision la crise écologique elle-même. Lorsqu’il ne s’agit pas de mentir sur la qualité environnementale ou sur les comportements, mais bien de faire de l’humour, cela ne tombe pas sous le coup de la tromperie, de même que la représentation de la violence n’est pas l’apologie du crime.<br /> <br /> Ici on ne touche pas à une question spécifique au développement durable ou de simple responsabilité mais de son corolaire : la liberté. On parle d’entreprise responsable, de consommateur responsable, de communication responsable, et en même temps on nie la liberté la plus élémentaire des individus, ce qui est impossible, la liberté étant la cause de la responsabilité… Spécifiquement avec l’écologie on parle de risque de dérive totalitaire qu’on aimerait autant éviter vu les précédents historiques, et pourtant une des marques de la pensée totalisante c’est le refus de l’humour… et de la liberté.<br /> <br /> Les arguments exposés contre l’humour sur le développement durable, comme sur tout autre sujet politiquement sensible, sont les mêmes que ceux relatifs à la représentation de la violence. Le présupposé de ces arguties est que ces représentations influencent nos comportements, banalisent les comportements non responsables et sapent l’efficacité de la sensibilisation. En disant cela, non seulement on fait fi de l’effet cathartique de ces représentations (Cf. Aristote), mais surtout on sous-entend un degré de mimétisme irréfléchi exagéré. Si les individus n’ont pas la capacité de recul, d’autodétermination et de distinction entre la représentation et le réel, alors ils ne sont pas libres de leurs actes et en ce sens ils ne sont pas responsables… à force de citer l’influence de la télévision et autres représentations comme circonstances atténuantes des sordides crimes adolescents, entre autres, ce qui est alors nié, c’est notre liberté.<br /> <br /> En choisissant au contraire une définition radicale de la liberté, comme celle proposée par Sartre et qui fait le pari de l’autonomie humaine, on est obligé d’accepter également une responsabilité radicale.<br /> <br /> Alors quelle conception de l’humanité préférez-vous ? Celle qui doit veiller à ne pas donner de mauvaises idées ou celle qui a la capacité de s’autodéterminer ?<br /> <br /> Evidemment, en défendant la responsabilité individuelle on fait le pari de l’intelligence, certains ne sont pas prêt à prendre ce risque et ressortiront les bons vieux arguments distinguant liberté positive et liberté négative (Cf. Isaiah Berlin )… je les renverrai au prix Darwin http://www.darwinawards.com/francais/ et à l’existence des codes juridiques : on ne peut pas s’attendre à ce que tous adoptent des comportements exemplaires, et la responsabilité implique justement qu’on ai la possibilité d’agir contrairement aux lois… mais là on parle des actes, pas des représentations encore une fois… l’humour n’est pas faire l’action (comme les cochons critiqués dans l’article précédents le sont) mais une représentation, on reste dans le virtuel.<br /> Ça vaut bien un dernier argument : croire que l’absence de représentation d’acte ou d’idées politiquement incorrect empêche leur émergence c’est avoir peu de foi en l’imagination humaine… encore une fois c’est minimiser les quelques qualités humaines indéniables.<br /> <br /> Alors dites des horreurs ! C’est libérateur…
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