Compte-rendu instructif d’une action anti-pub :Napoléon III et la décroissance de la misère
Compte-rendu instructif d’une action anti-pub dans le métro parisien
Nombre de stations redécorées : 12
Bilan carbone de l’action : 0,85 kilogrammes équivalent carbone émis (production de marqueurs et encre) Gains environnementaux de l’action :
420,4 kg éq. carbone évités par la réduction de consommation matérielle du public cible (soit un coefficient de Performance Carbone de 494)
110kWh d’électricité économisés par extinction des lumières des pubs
Indicateurs Qualité de nos actions :
certification ISO 9001 obtenue (le 14/11/2008)
certification ISO 14001 : étape 3/5 validée
Masse de papier publicitaire mis hors service : 153 kg Durée moyenne de vie d’une publicité en temps normal : 6 jours Surface totale de publicité dans le métro parisien : environ 5 hectares
Suivant Bernard Charbonneau, "Le futur triomphe, mais nous n’avons pas d’avenir", écrivais-je, de manière appropriée, sur une publicité de produit tristement coloré qui se veut futuriste, l’ipoDEEE intraitable. Pas d’avenir, non, et "ni de passé", ajoutait malicieusement une amie en plus petit.
C’est vrai, l’acculturation publicitaire tend à passer le bulldozer sur notre mémoire. C’est pourquoi je me propose une petite rétrospective historique, avec un petit détour par les XIXème et XXème siècles, pour bien commencer l’année 2009. Le second empire, qui fut dirigé de 1852 à 1870 par Napoléon III, a laissé beaucoup de marques dans Paris. Le nom d’Haussman est largement présent autour de St-Lazare ; les stations de métro de Solférino, Denfert-Rochereau et 4 Septembre nous rapellent respectivement la gloire, la débacle (déjà évoqué sur ce forum, j’espère que vous suivez), et la fin officielle (04/09/1870) du Second Empire. La personnalité de Napoléon III était assez énigmatique et a suscité beaucoup de commentaires, de questions laissées sans réponse. Parallèlement au durcissement de régime qu’il mit en place, en tant que fossoyeur de la IIème république, on dit de lui qu’il voulut lutter contre la misère, qu’il voulut faire son possible pour la réduire en France, avec une sincérité indéniable ; une naïveté touchante, selon des observateurs.
Ce qui m’amène évidemment à une récupération idéologique dans le cadre de nos critiques du système publicitaire, consommatoire, et de croissance économique (croissance qui connu justement son "démarrage", pour ce qui est de la France, sous le second empire ou un peu avant, à en croire W.W. Rostow, Les étapes de la croissance économique,1960). Car il est clair que le chef de l’État aujourd’hui ne se donne nullement la peine de vouloir donner l’image de lutter contre la misère, qui existe encore malgré la multiplication du PIB depuis Napoléon III. Il y a beaucoup moins de gène pour le chef actuel, d’utiliser à son propre usage l’argent de l’État sous diverses formes, tandis qu’on apprend que Napoléon III prélevait sur son propre salaire (la "liste civile") pour pouvoir donner... Il avait même écrit en 1844, à en croire le site dédié, "une brochure intitulée L’extinction du paupérisme. Il ne l’a pas reniée" par la suite. Ce qui ne veut pas dire qu’il est parfait. Peine perdue, malgré toute ces bonnes intentions, on peut dire qu’il existe encore de la misère en France, et que dire dans le monde... Nous récusons le fatalisme qui dirait que c’est pour l’éternité, et disons que le système croissantiste fait fausse route en croyant éradiquer ce qu’on nomme la misère par du "produire plus". C’est bien parce que c’est le même système qui perdure, que perdurent ces problèmes. Et la première de toute les décroissance à souhaiter, c’est celle des inégalités. Cela n’a rien d’une utopie : en effet, en 1942, le président Roosevelt déclarait : "Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 dollars par an" (cela correspondrait aujourd’hui à 315 000 dollar, soit 8,5 le revenu médian ou 25 fois les plus bas salaire). Et un système d’imposition fut mis en application de cela aux États-Unis, il perdura jusqu’aux années environ 1980, époque où l’application d’une idéologie libérale a fait explosé les inégalités dans tous les pays : aujourd’hui les différences de revenus atteignent des facteurs non de l’ordre de 25, mais supérieurs à 1000...
Pour en revenir à Napoléon III, il est aussi connu pour avoir organisé de grands banquets pour impressionner l’Europe (On se référera là encore à l’œuvre de Zola pour en avoir une description). N’y voyait-il pas de contradiction avec son combat contre la misère ? Surement pas, dommage. Aujourd’hui, en France, c’est les banquets du second empire à chaque fête de fin d’année. Ou même tous les jours. Des quantités invraisemblables de nourriture sont englouties ou jetées, par des personnes qui n’ont pas d’autre idée que d’utiliser leur argent (qui en trouvent quand même pour ça malgré la crise qui est sensée les avoir ruinés...), qui se rendent malades de trop manger, et dont certaines se permettent déverser des larmes à l’évocation des miséreux qui eux manquent de nourriture. A la suite d’une action anti-publicitaire sobre en consommation matérielle, nous allâmes manger, ce qu’il faut et pas trois fois plus, nous mangeâmes végétarien, dans la convivialité, ce ne fut pas un repas moins réussi que moult autres où la nourriture est en quantité suffocante. On peut vivre dignement et très heureux sans se gaver de nourriture ou d’objets inutiles. Rien de neuf, de ce coté, en 2009.
Source / auteur : Brigade anti-pub