Un Tibétain imprimeur octogénaire condamné à 7 ans de prison
Selon HRW, Norbu a été arrêté par la police chez lui à Lhassa le 31 octobre 2008, qui le soupçonne d’avoir imprimé du "matériel interdit", incluant le drapeau national du Tibet banni. Au cours de sa détention, les autorités judiciaires ont refusé d’informer sa famille qu’il avait été arrêté. Elles n’ont pas non plus expliqué ce qui lui était reproché, selon HRW sur son site.
"Il a été jugé en secret, courant novembre 2008, et condamné à sept années de prison. Quelqu’un est ensuite venu porter une lettre à sa famille l’informant de la sentence. On ne sait pas où se trouve Norbu en ce moment."
"En fait, est INTERDIT tout ce qui a trait au Tibet et qui ne porte pas l’empreinte explicite du Parti Communiste chinois", disait Sophie Richardson, Directrice plaidoyer pour l’Asie à Human Rights Watch.
"Personne ne devrait être emprisonné pour avoir imprimé des drapeaux, des livres ou des images défendant des idées que le Gouvernement voudrait éradiquer : la liberté d’expression est un droit humain fondamental."
Même si les autorités n’ont pas rendu public les détails du verdict, le dossier d’accusation contre Norbu et la lourdeur de sa peine d’emprisonnement laissent imaginer qu’il a été jugé pour "incitation au séparatisme" (article 103 du Code Pénal). Ce délit à la définition très floue a déjà été maintes et maintes fois invoqué en vue de réduire au silence les Tibétains qui osent résister contre l’étroitesse de leur liberté d’expression encadrée, de manière souvent arbitraire, par les lois chinoises, ajoutait Sophie Richardson.
Norbu est le descendant d’une très ancienne famille d’imprimeurs et d’éditeurs de textes bouddhistes à destination des monastères. Paljor Norbu est très connu dans le monde entier en tant que maître-imprimeur.
Dans son atelier, où travaillaient plusieurs douzaines d’ouvriers, il combinait des techniques modernes avec d’autres plus ancestrales (tampons en bois). En dehors des textes religieux, l’entreprise imprimait des drapeaux de prières, reproduisait des oeuvres traditionnelles, des livres, des brochures et de la littérature classique.
Après avoir arrêté Norbu, la police a fermé son imprimerie, en apposant sur la porte un avis de fermeture administrative, interdisant aux employés d’y remettre les pieds. Dans le magasin, les policiers ont aussi confisqué les livres et les tampons d’impression.
"Au lieu de persécuter Paljor Norbu, le gouvernement chinois ferait mieux de le respecter pour tout ce qu’il a fait en faveur de la préservation de la culture et du patrimoine," affirmait Richardson.
Human Rights Watch déclarait que Norbu s’est vu refuser même le plus élémentaire des droits à la défense, pourtant censés être prévus par le code de procédure criminelle chinois. La loi a été violée sur plusieurs points :
absence de notification à sa famille de son acte d’arrestation ;
pas d’information sur la date du procès ;
refus de révéler où se trouvait détenu Norbu ;
l’accusé n’a pas eu le droit de choisir son avocat pour sa défense ;
pas de communication intégrale du verdict du procès ;
refus d’informer sa famille sur sa situation actuelle ;
aucune indication sur le lieu de détention où il devra purger sa peine.
Human Rights Watch dit qu’ils avaient observé, ces dernières semaines, une recrudescence du nombre d’arrestations et de condamnations liées à l’exercice de la liberté d’expression, traduisant par là l’extension de la répression menée par le pouvoir chinois depuis le soulèvement du peuple tibétain en mars 2008. La répression s’étend désormais aux personnes qui n’auraient pas participé directement aux manifestations. Parmi ces affaires récentes :
Jigme Gyatso (nom laïc : Jigme Guri), un moine senior du monastère de Labrang, a été de nouveau arrêté le 4 novembre 2008 après avoir décrit comment il avait été torturé par la police au cours de sa détention en mars 2008. Il se trouve maintenant au centre de détention de Lanzhou (province de Gansu) ;
Norzin Wangmo (nom chinois : Longzhen Wangmu), un employé du Service Juridique du comté de Hongyuan (province de Sichuan), condamné le 3 nov. 2008 à cinq ans de prison pour avoir parlé de la situation au Tibet à des proches vivant à l’étranger ;
· Dhondup Wangchen, arrêté en mars 2008 à Tong De (province de Qinghai), pour son implication dans le tournage clandestin d’un documentaire [1] dans les territoires tibétains. Il se trouve au centre de détention de Ershilipu à Xining.
"Le gouvernement chinois dira presque assurément que l’instruction à l’encontre de Paljor Norbu s’est faite ’dans le respect de la loi’ ", disait Richardson. "Mais, par définition, ces lois restreignent la liberté d’expression, et tant que le pouvoir chinois n’aura pas mis sa législation en conformité avec les standards internationaux en matière de droits de l’homme, on continuera à voir des manifestants non-violents comme Paljor Norbu se faire emprisonner pour de prétendus ’’actes séparatistes’’ ".
Notes
[1] Il s’agit du documentaire "Leaving fear behind" (En surpassant sa peur), que Dhondup Wangchen et son cameraman Golog Jigme, ont réalisé au cours de plusieurs visites dans la partie est du Tibet historique entre octobre 2007 et mars 2008. Le réalisateur voulait recueillir l’opinion de Tibétains – une vingtaine d’interviews présentées dans ce film de 25 mn - de toutes origines avant les Jeux Olympiques de Pékin. NDT
Source / auteur : France-Tibet
Source / auteur : France-Tibet
Tradition oblige, c’est en quelque sorte le moment de jeter un regard sur l’année qui s’achève – du moins, un survol rapide de ce qui aura marqué l’actualité. Bien sûr, la crise économico-financière que pas grand monde n’aura voulu voir venir ; le lourd héritage du président américain sortant à son successeur nanti du fardeau de tous les espoirs issus d’innombrables frustrations ; les attentats meurtriers de Mumbai et presque simultanément l’occupation inopinée des aéroports de Bangkok – deux manières très différentes de faire entendre des revendications politiques ; en Birmanie, la fille du défunt dictateur Ne Win, condamnée pour « complot contre la junte » remise en liberté, tandis que la Dame de Rangoun reste – illégalement, d’après les dispositions du régime en place – en résidence surveillée dans un isolement complet ; le 60e anniversaire de la Déclaration universelle à l’heure où, un peu partout dans le monde, les droits de l’homme semblent remisés au rayon des accessoires vaguement démodés…
Et le Tibet toujours à contre-courant, cette question qui dérange tellement les actuels dirigeants chinois occupés à célébrer les « Trente glorieuses » des réformes économiques du Petit Timonier, alors que s’élargit dangereusement le fossé entre ceux qui ont trop et ceux – la majorité – qui n’ont rien dans un pays profondément déboussolé par sa propre évolution. Au point que quelque trois cents téméraires signent une « Charte 2008 » - qui rappelle la « Charte 77 » des dissidents tchécoslovaques – ébauchant la voie d’une démocratisation à la chinoise en appliquant simplement les principes inscrits dans la Constitution du pays. La réponse officielle n’a pas tardé, se traduisant par des arrestations et des condamnations rapides, si bien qu’un appel international a été lancé pour demander la libération de l’un de ses initiateurs, Liu Xiaobo, qui persévère sur le chemin qu’il a choisi en dépit d’un séjour antérieur en prison. Sans oublier Hu Jia, lauréat cette année du prix Sakharov pour la liberté d’expression du Parlement européen, embastillé lui aussi et privé de visites familiales pour faire bonne mesure.
Certes, il y a comme toujours loin de la coupe aux lèvres, et une hirondelle ne fait pas le printemps, car pendant ce temps, les condamnations pleuvent au Tibet devenu une vaste prison, sans que le monde se décide enfin à demander des comptes aux responsables de cette politique de répression systématique. A Lhassa, un jeune activiste condamné à vie pour « espionnage », une demi-douzaine d’autres, de 8 à 14 ans de prison… sous prétexte d’avoir passé des informations à des « organisations étrangères ». Selon des sources récentes, les autorités locales font la chasse aux Tibétains du Kham et de l’Amdo dépourvus de permis de résidence à Lhassa, alors que le train déverse chaque jour sa cargaison de migrants des provinces chinoises avoisinantes en quête de fortunes faciles.
Situation analogue dans les enclaves tibétaines hors la Région dite autonome où s’abat sans ménagement et sans témoins le courroux du parti communiste sur ceux qui ont osé relever la tête et s’exprimer au printemps dernier, maintenant que le rideau est tombé sur les fastes des JO et que l’attention s’est tournée vers des soucis plus immédiats – les scandales du lait frelaté, la corruption ou encore l’illégalité des dépossessions de terrains ou d’habitations. A peine quelques brèves de temps à autre dans la presse internationale, comme si dans son fabuleux écrin de montagnes, le Tibet était en retrait, au-dessus du reste du monde – alors qu’il est justement au cœur du monde, ce que trop de gens semblent encore ignorer.
Non pas terre de légendes et de contes fleuris chère aux songes d’impénitents rêveurs, mais un pays dur à ceux qui le peuplent depuis la nuit des temps et qui ont été façonnés par la rude beauté de ses paysages, ces nomades épris de liberté sédentarisés aujourd’hui de force par un pouvoir étranger qu’ils récusent – ces hautes plaines d’altitude qui obligent ceux et celles qui les parcourent à se mesurer aux dimensions de l’infini de la destinée humaine.
Le président Sarkozy a - enfin ! – rencontré le Dalaï-lama. Et alors ? C’était presque en catimini, à Gdansk à l’occasion de l’anniversaire de l’attribution du prix Nobel de la paix à Lech Walesa, et le ciel n’est pas tombé pour autant sur la tête des dirigeants chinois qui n’ont pas raté l’occasion de leur sempiternel chantage. Autant en ont emporté les tourbillons successifs de la crise et de l’actualité… Le jour viendra sans doute où les locataires de la Cité interdite finiront par comprendre qu’il ne saurait y avoir de « société harmonieuse » telle que la prône l’actuel président chinois dans le Céleste empire sans liberté au Tibet comme en Chine. Il est grand temps de leur faire entendre que le respect qu’ils exigent d’autrui passe par leur propre respect des autres, et que leur pouvoir s’arrête là où commence la résistance des autres. Celle d’un peuple opprimé dure toujours, jusqu’à la victoire. Puisse l’année nouvelle en porter jusqu’au bout la flamme.
C.B.L.
Newsletter fin décembre 2008
mailto: claude.levenson@gmail.com